À l’approche de l’an 2000, une grande inquiétude s’était emparée du monde. On craignait en effet que les ordinateurs, incapables de comprendre le changement de siècle, réinitialisent les dates à 1900, entraînant alors des erreurs partout, des calendriers électroniques aux systèmes critiques. Finalement, après une préparation mondiale intensive, le passage à l’an 2000 s’est déroulé sans incident majeur. Désormais, un autre problème informatique pointe à l’horizon : le bug de 2038.
Qu’est-ce que le bug de 2038 ?
Le bug de 2038 est un problème informatique qui risque de perturber de nombreux systèmes à partir du 19 janvier 2038. Il est lié à la manière dont certains ordinateurs mesurent le temps. En effet, de nombreux systèmes utilisent un format d’horodatage appelé horodatage Unix 32 bits. Dans ce format, le temps est représenté sous la forme d’un nombre entier qui décompte les secondes écoulées depuis le 1er janvier 1970 à minuit UTC, une date de référence souvent appelée l’époque Unix. Cela permet aux systèmes de calculer facilement la date et l’heure actuelles en ajoutant simplement des secondes à ce point de départ.
Cependant, ce système a une limite : un entier de 32 bits peut contenir un nombre compris entre -2 147 483 648 et 2 147 483 647. Ce dernier nombre, 2 147 483 647, représente précisément le 19 janvier 2038 à 03:14:07 UTC. Or, lorsque ce chiffre sera atteint, le compteur va déborder. Concrètement, le système ne pourra pas continuer à compter les secondes et reviendra au nombre minimum qu’un entier de 32 bits peut contenir, soit -2 147 483 648. Cela correspondra à une date bien antérieure : le 13 décembre 1901 à 20:45:52 UTC.
Pourquoi ce problème est-il si important ?
Vous pourriez penser : "Cela ne concerne que les vieux ordinateurs, non ?" Toutefois, en réalité, ce bug affecte un grand nombre de systèmes modernes. Le format de l’horodatage Unix 32 bits est encore largement utilisé dans des domaines variés, y compris dans les bases de données, les systèmes embarqués des voitures, des appareils médicaux et même dans certaines infrastructures critiques, comme les centrales électriques et les réseaux de transport. En 2038, lorsqu’un système atteindra cette limite, il pourrait confondre la date avec une ancienne, provoquant des erreurs fatales, des dysfonctionnements, voire des pannes de systèmes entiers.
Pour mieux comprendre, imaginez que le système informatique d’une centrale nucléaire ne parvienne plus à distinguer la date actuelle de 1901. Cela pourrait entraîner des calculs erronés, des erreurs dans le contrôle des systèmes de sécurité, voire un échec complet du dispositif. Le problème ne touche pas seulement les grandes entreprises et infrastructures ; il pourrait aussi affecter des systèmes plus courants que l’on utilise au quotidien comme les routeurs Internet, les appareils connectés et même les voitures autonomes. Les conséquences peuvent être considérables, car ces appareils sont de plus en plus interconnectés et critiques dans notre quotidien.
La solution : passer au 64 bits
La solution au bug de 2038 est relativement simple en théorie : il s’agit de passer à un format d’horodatage 64 bits. Pourquoi 64 bits ? Parce qu’un système 64 bits peut gérer des nombres bien plus grands qu’un système 32 bits. Cela permettrait de suivre le temps pendant des milliards d’années, bien au-delà des limites de tout système informatique actuel. En fait, un horodatage 64 bits pourrait supporter le temps pendant environ 292 milliards d’années, ce qui réglerait définitivement le problème du 19 janvier 2038 et au-delà.
Cependant, la mise en œuvre de cette solution n’est pas aussi simple. De nombreux systèmes, en particulier les anciennes applications et bases de données écrites en C, C++ ou PHP, n’ont pas été conçus pour utiliser le format 64 bits. Cela inclut également les dispositifs embarqués et les vieilles architectures qui n’ont pas été pensées pour gérer des nombres aussi grands.
Le passage à 64 bits implique également des modifications complexes des systèmes existants. Il peut nécessiter de réécrire des milliers de lignes de code et de tester de nombreux appareils pour assurer la compatibilité entre les anciens et nouveaux systèmes. De plus, cette transition peut être coûteuse, notamment pour les secteurs sensibles comme la santé ou l’énergie où des mises à jour massives sont nécessaires.